Tchad 🇹🇩: #Economie: La hausse des prix du pétrole : Un fardeau pour le panier de la ménagère tchadienne ?

Le prix du pétrole augmente pendant que l’économie tchadienne se remet progressivement de la pandémie du COVID-19. Le prix du baril de pétrole s’est considérablement augmenté à la fin du deuxième trimestre de 2022, atteignant 122,7 dollars le baril en juin 2022, soit une hausse de 67,4% par rapport à son niveau de juin 2021 qui était de 73,2 dollars le baril. Le prix du baril oscille donc désormais autour de 100 dollars et c’est depuis mars 2022. Cette hausse est imputable en grande partie à la guerre en Ukraine conjuguée avec
l’embargo sur le pétrole russe.
Avec cette hausse des prix du baril du pétrole, le budget de l’Etat pour l’exercice 2022 qui a été élaboré avec le scénario initial en deçà de 100 dollars le baril, s’est accru considérablement grâce à l’augmentation des recettes pétrolières. Avec une prévision de 1 359, 000 milliards de FCFA, la réalisation des recettes budgétaires au deuxième trimestre 2022 s’élèvent à 580,159 milliards de FCFA soit un taux de réalisation de 40% contre 32% à la même période de 2022 (REB,2022). Et les recettes pétrolières du 2ème trimestre 2022 ont progressé de 174,4%, passant de 97,2 milliards du FCFA au 2ème trimestre 2021 à 266,8 milliards. Cette hausse est due à l’augmentation du prix du baril du pétrole.

Quelle est alors la conséquence immédiate de cette hausse sur le quotidien des ménages tchadiens ?

Toute chose étant égale par ailleurs, une telle hausse génèrerait tout d’abord, sans doute un accroissement du phénomène inflationniste qui affecterait par la suite négativement la consommation des ménages.
La figure 1 ci-après illustre l’évolution de l’Indice des Prix à la Consommation (IPC) du Tchad entre octobre 2021 et septembre 2022. Il s’agit d’apprécier les effets des variations de prix sur le coût d’achat des produits consommés par les ménages tchadiens. Ainsi, on constate que sur ladite période, une tendance haussière de l’IPC avec une valeur supérieure à l’indice de référence 100. Car il passe à 118,4 en septembre 2022, soit une augmentation de 18,4% par rapport à son niveau de référence. Ce qui traduit bien la hausse générale des prix (inflation) des biens et services consommés par les ménages tchadiens.
Par ailleurs, il ressort du bulletin mensuel de l’Indice National
des Prix à la Consommation au Tchad de septembre 2022 de
l’INSEED que, le niveau des prix des « Produits alimentaires
alcoolisés » a
trimestrielle et en glissement annuel respectivement de 1,6%
et de 12,4%.

La figure 2 ci-dessous montre que l’IPC au Tchad suit la même tendance que la variation du cours international du baril de prix du pétrole. Ce qui laisse présager que la modification du panier de la ménagère tchadienne est expliquée par la variation du prix de pétrole. Plus le prix du pétrole est au-dessus de 100 dollars, plus l’IPC au Tchad se retrouve supérieur à la valeur de référence 100. Ce qui comprime le panier de la ménagère tchadienne par le biais de l’inflation.

Cette corrélation entre l’IPC au Tchad et le prix du pétrole n’est pas surprenante, car un facteur crucial peut être mis en exergue pour justifier cet état de fait, notamment le degré de la dépendance du Tchad à l’égard du pétrole qui représente plus de 80% du revenu national.
En effet, la hausse du prix du pétrole frappe particulièrement certaines catégories des ménages. Dès lors, l’on peut se demander : Quelles sont les catégories de ménages tchadiens les plus exposés négativement à une hausse du prix du pétrole ? La place dans l’échelle du niveau des salaires joue ici un rôle important. Une hausse des prix du pétrole entraine une pression à la baisse sur le niveau général des salaires réels. Cependant, leur rétablissement compromettra la compétitivité et la capacité à exporter du pays.
Dans un contexte de concurrence internationale accrue, une politique pouvant accroître la demande des produits locaux apparait comme la meilleure réponse possible à l’impact de la hausse des prix du pétrole sur le panier des ménages tchadiens. Elle pourrait améliorer les termes de l’échange du pays et ainsi soutenir la diversification économique. Cette amélioration des termes de l’échange va ainsi augmenter le pouvoir d’achat des revenus nationaux.

 

AM-SALAMA Kertché Economiste au CROSET

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