Tchad : Corruption à la fonction publique !

En 2022, la population tchadienne est estimée seulement à 16 millions d’habitants avec un taux de croissance de 3,5 % sur une immense superficie de 1 284 000 Km2. La plus grande partie de la population tchadienne soit 76,7%  est rurale et vit dans une misérable pauvreté en tant qu’éleveurs et agriculteurs de subsistance.

Selonl’Institut national de la statistique, des études économiques et démographiques (INSEED),l’âge moyen au Tchad est de 17 ans et l’espérance de vie de 52,6 ans pour les hommes et 55,4 ans pour les femmes. Classé aujourd’hui 163eme pays le plus corrompu  et  deuxième (2ème) pays le plus pauvre après le Sudan du Sud au monde selon le rapport de Programme des Nations unies pour le développement de 2021 avec un taux d’alphabétisation très faible.

« Le  développement d’un pays repose d’abord et avant tout sur ses ressources humaines dont la qualité dépend étroitement de la performance du système éducatif »  alors qu’au Tchad le chômage devient un phénomène incontournable pour les jeunes formés pour servir le pays. Le chômage touche aujourd’hui 5,8% de la population en générale. Selon INSSED, le chômage chez les jeunes diplômés est très élevé, et ne cesse d’accroître. Il est estimé à 60% en 2017. L’emploi des jeunes constitue une préoccupation majeure et un enjeu central pour le Tchad.

Quels sont alors les principaux déterminants de l’insertion des jeunes tchadiens sur le marché de l’emploi ?

  1. Corruption et le favoritisme

Au Tchad, l’accès des jeunes sur le marché de l’emploi semble presque impossible pour la plus grande partie des jeunes diplômés. Le favoritisme, la corruption et  l’inadéquation entre le système d’enseignement général, professionnel et les besoins du marché du travail sont considérés comme les principales causes de chômage des jeunes diplômés.

Ayant consacré toute leur jeunesse à l’étude sans avoir cherché à apprendre quoique ça soit d’autre, ces jeunes diplômés considèrent qu’intégrer la fonction publique est la seule issue d’une réussite sociale. Mais le gouvernement tchadien fait bien savoir à cette jeunesse qu’avoir un diplôme ne veut pas  forcément dire travailler à la fonction publique et que cette dernière ne peut intégrer tous les diplômés. Suite à cette annonce, l’espoir semble perdu chez les jeunes alors que le taux de scolarisation est seulement estimé à 7,9% contre  un taux d’alphabétisation de 60%. « Les  gouvernants du Tchad utilisent l’accès à la fonction publique comme un moyen d’achat de conscience. Et pire encore, un moyen de corruption en faisant payer les diplômés pour y accéder ».

Dorénavant peu importe le nombre des années que vous avez passé en étude, peu importe votre diplôme , vos expériences académiques ou professionnelles, si vous ne disposez pas des meilleurs canaux de corruption, alors vous allez « chercher du travail jusqu’à ce que chercher du travail devienne votre principal travail ». La corruption dans le marché de l’emploi du secteur public comme privé prend une nombreuses formes.  Sur une échelle de 1 à 100, L’indice de perception de la corruption dans ces secteurs était de 80 points en 2021 et l’ordre de mérite de l’homme qu’il faut à la place qu’il faut n’a plus sa place dans ce pays. On a l’impression que ce sont les mêmes personnes qui sont promues aux postes de responsabilités. Par exemple si ce n’est pas Monsieur X ou Madame Y du système, c’est forcément Mr Z le fils ou petit fils de Monsieur X ou bien la fille de Madame Y  comme si ces personnes sont plus tchadiennes que les autres. Alors qu’il est bien inscrit dans la constitution tchadienne que tous les citoyens ont le droit de travailler.

Il est maintenant clair qu’on ne peut plus encourager les jeunes diplômés à espérer travailler à la fonction publique, ni même ailleurs. « Si vous n’avez pas un handicap, il faut vous battre. La fonction publique n’est pas là pour absorber tous ces jeunes qui sont formés chaque année. Il faut créer, le terrain est encore vierge au Tchad » explique Djimasta Magloire, diplômé de l’institut de la jeunesse et des sports en chômage depuis 9ans sur VoA Afrique. Il est rapporté que même dans le secteur privé, les recrutements se font par affinité. Certains affirment qu’ils ont envoyé des candidatures pour plus de 50 postes, mais ils n’ont reçu aucune réponse pour des entretiens. Les annonces au recrutement sont faites juste pour maquiller ce qui se passe en interne chez les recruteurs.

Tout porte maintenant  à croire que les jeunes diplômés doivent tourner leurs espoirs ailleurs pour leur intégration dans la vie professionnelle.

La plus part de ces jeunes diplômés écartés n’ont jamais eu des opportunités pour faire montre de leurs talents, et leurs perspectives  pour réaliser ce qui leur revient de droit, c’est-à-dire travailler.

Face aux difficultés d’intégrer le marché de l’emploi, certains n’ont d’autre choix que de se débrouiller par eux-mêmes.

Sur les réseaux sociaux, un groupe des diplômés au chômage issu des écoles professionnelles et universitaires forme une coalition pour revendiquer leur intégration à la fonction publique ou quitter le pays, si le gouvernement ne leur trouve pas des solutions.

  1. Équilibre du marché de l’emploi

Depuis 1990, avec l’arrivée du MPS qui ne cesse de favoriser certains individus au détriment de tous, le chômage ne cesse de croître avec une limitation des recrutements des jeunes à la fonction publique. Dans le  secteur privé, aujourd’hui on compte  30 761 entreprises formelles identifiées. Sur 30 761entreprises, seules 8500 sont enregistrées à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) pour 161 188 salariés.

La fonction publique ne compte aujourd’hui que 63 000 agents (fonctionnaires et contractuels) soit un taux de 1% de la population active alors que plus de 50 000 personnes diplômées attendent impatiemment leur intégration. Une solution adéquate et durable pour l’intersection des jeunes en chômage  reste un défi majeur à relever. Pour cela,  une équilibrer entre l’offre et la demande de l’emploi reste à déterminer sur le marché de l’emploi.

Abdallah Abakar Kaidallah

Mathématicien

Directeur de programmation tchadNews

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